TRANSLATIONS - Entre Le Même Et Le Double, S’inscrit L’altérité
ENTRE LE MÊME ET LE DOUBLE, S’INSCRIT L’ALTÉRITÉ.
PSYCHANALYSE FREUDIENNE ET ÉCRITURE BORGÉSIENNE1


Publicado em La Part de l’Oeil. Revue de Pensée des Arts Plastiques.
Dossier La représentation et l’objet - nº19 - Pags. 237-247
2003-2004

Literary Research/ Recherche Littéraire.
Association Internationale de Littérature Comparée/
International Comparative Literature Association and
University of Ontario. Vol. 18 - n° 35 - Pags. 79-89 - 2001


Giovanna Bartucci

“Avoir pour métier sa propre passion signifie,
au moins en un sens, se résigner à être”2.
Santiago Kovadloff

C’est curieux, mais l’année 1899 a produit deux événements apparemment sans rapports. Le 24 août naît Jorge Francisco Isidoro Luis Borges Acevedo; le 4 novembre la maison d’édition de Frank Deuticke, sise à Vienne et Leipzig, publie Die Traumdeutung (L’interprétation des rêves), livre de Sigmund Freud dont la page de garde porte la date de 1900.

Cependant, ce ne sera qu’en 1931 que Freud, à l’âge de 75 ans, réaffirmera l’importance de sa découverte, la psychanalyse, encore que par le biais d’un autre hommage à cette pierre fondamentale qui a modifié sa vie et celle de bien d’autres. Dans la préface à la troisième édition anglaise de L’interprétation..., Freud témoignera que ce livre “renferme, même selon ce que j’en juge aujourd’hui, la plus riche de toutes les découvertes que ma bonne fortune m'a permise. Une telle perception ne se produit dans la destinée de quelqu’un qu’une seule fois durant toute une vie”3.

En 1931, l’écrivain argentin Jorge Luis Borges, le “Georgie”, avait alors trente-deux ans. Les années trente, n’allaient pas être faciles pour Borges, mais ce seront des années de rencontres significatives, comme celle avec l’écrivain Bioy Casares. Ce sera également au cours de ces années trente que Borges publiera ses premiers grands contes. Un profond scepticisme à l’encontre des modes de représentation traditionnels caractérisera sa maturité littéraire.

Peut-être, l’éventuelle association de la psychanalyse, de la part de Borges, aux “modes de représentation traditionnels”, est-elle l’une des raisons pour lesquelles l’œuvre de Freud, et le discours freudien lui-même, bien que le XXe siècle se le soit approprié, ne figurent pas dans les pages de celui qui est l’un des hommes de lettres les plus importants du siècle.

Actuelment, nous savons, par l’un de ses biographes, que Borges a fréquenté de 1946 à 1949 un certain Docteur Miguel Kohan Miller, sous le prétexte de demander de l’aide pour vaincre sa timidité4. Bien que nous n’ayons pas la certitude que celui-ci ait été psychanalyste, puisque sa formation semble avoir été superficielle, nous savons que la productivité de Borges durant l’année qui suivit ses visites au Docteur Miller fut intense. Cela semble avoir été un bon signe du probable profit de Borges quant à une psychothérapie. Sans doute, ses histoires les plus inventives étaient-elles encore sa réponse à l’adversité la plus aiguë , comme le soulignera également James Woodall.
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1 Essai publié la première fois dans Percurso, Revista de psicanálise, São Paulo, anée XI, n˚ 22 (1), 1999, pp. 49-57. Traduit du portuguais par Alain Mouzat. 
2 Kovadloff, Santiago. (1991) La creación del arte. In: Vegh, Isidoro (org.). La creación del arte: incidencias freudianas. Buenos Aires, Neuva Visión, 1991, p. 96.
3 Freud, Sigmund. (1900) A interpretação dos sonhos. Edição Standard Brasileira das Obras Psicológicas Completas de Sigmund Freud (ESB). Rio de Janeiro, Imago, Vol. IV, 1974, p. 38.
4 “Borges a suivi un traitement pendant presque trois ans de 1946 à 1949. Il venait deux fois par semaine. Ces séances étaient très agréables pour moi car tout n’était pas que psychothérapie (...) Parfois nous y ajoutions le problème de l'angoisse dont il souffrait comme névrosé”. Cité in Woodall, James. (1966) Jorge Luis Borges: o homem no espelho do livro. Rio de Janeiro, Bertrand Brasil, 1999, p. 398.